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Rapport trimestriel – Août 2012 – Panorama et prespectives

Le robusta tient la corde

Le Vietnam a exporté du café, puis en a exporté davantage, et puis encore un peu plus.

A Hô Chi Minh, les stocks sont encore abondants, et il est même encore possible d’acheter du café dans le reste du pays. Cette profusion confirme très nettement que la récolte vietnamienne 2011-2012 s’est chiffrée à 27 millions de sacs, sinon davantage.

Ces exportations de café vietnamien ont été absorbées sans difficulté par le marché mondial, sans compter que les stocks de robusta existants ont non seulement diminué, mais ont aussi été utilisés.

Rappelons à cet égard que les marchés asiatiques et latino-américains, en forte croissance, ne sont aujourd’hui pas les seuls à consommer davantage de robusta : sur les marchés traditionnels où le robusta trouve habituellement sa place – en Europe de l’ouest, aux Etats-Unis et au Japon, on observe en effet une progression sans précédent de la demande de robusta. C’est ainsi que l’augmentation de la demande, d’au moins 14 % à l’échelle mondiale, a finalement dépassé l’offre de robusta vietnamien, pourtant en très forte augmentation. Globalement, le robusta représente aujourd’hui 45 % de la composition des mélanges.

La très nette évolution à laquelle on a pu assister sur les marchés traditionnels est la conséquence de l’écart de 150 ct/lb qui a persisté entre les prix de l’arabica et ceux du robusta. Les mélanges forts en arabica sont restés chers, tandis que ceux qui privilégient le robusta sont devenus beaucoup plus abordables. Les compositions des mélanges ont changé et, au supermarché, le consommateur a aussi commencé à opter pour l’option la moins onéreuse.

Quoi qu’il en soit, chacun sait que la demande ne fonctionne jamais indépendamment de l’offre. A la fois peu cher et disponible, le robusta a été littéralement happé par le marché. Cher et moins disponible, l’arabica brésilien de qualité inférieure a concédé des parts de marché à son substitut moins coûteux, le robusta. La demande de cafés brésiliens, et donc le resserrement annoncé de l’offre et de la demande d’arabica, ont tous deux fait les frais de l’offre vietnamienne. Par opposition, la demande d’arabica de qualité supérieure a connu une évolution différente, marquant une progression équivalente à 1 million de sacs, soutenue par une abondante production hondurienne et péruvienne.

Concernant l’offre et la demande d’arabica comme de robusta, pour 2012-2013, la grande question est à présent de savoir quelle sera l’ampleur de la nouvelle récolte vietnamienne. La demande de robusta, on l’a vu, est bien là, qui n’attend que d’absorber l’offre si celle-ci devait se matérialiser. Dans l’éventualité où l’offre de robusta qui découlera de la nouvelle récolte serait suffisante pour à la fois satisfaire la demande de robusta des marchés non traditionnels (laquelle ne manquera certainement pas de se manifester) et fournir les volumes de robusta qui sont aujourd’hui nécessaires pour composer les mélanges des marchés traditionnels, ou si cette même offre était plus abondante encore, nous constaterions alors un déficit constant de demande d’arabica, qui pèserait évidemment sur le prix de l’arabica. Il reste que les stocks d’arabica vont se reconstituer, jusqu’à ce que l’on atteigne des prix suffisamment bas pour favoriser une évolution des mélanges, ou que l’on connaisse une douloureuse crise de la production, telle que la dernière, apparue en 2008.

Si le Vietnam n’apporte pas les volumes nécessaires, la demande de robusta des marchés non traditionnels absorbera une part des stocks de robusta a priori destinés aux autres marchés. Sur les marchés traditionnels, on observera donc dans les mélanges un retour des arabicas de qualité inférieure et, partant, un resserrement de l’équilibre entre l’offre et la demande d’arabica en général. Pour l’heure, il ne reste plus qu’à espérer que le Vietnam nous envoie des signes encourageants…

1 – LES TENDANCES PAR SECTEUR GEOGRAPHIQUE ET ORIGINE

Brésil

Il a plu davantage dans le pays, au mois de juin, que sur l’ensemble des deux mois précédents. A l’heure où la cueillette commençait à peine, ces précipitations n’étaient bien sûr pas les bienvenues. Les premiers volumes récoltés n’ont pas été d’une très haute qualité et les ventes à l’exportation ont marqué une pause, en attendant que la situation s’éclaircisse. Par contraste, les cinq dernières semaines ont été extrêmement sèches, et la cueillette est pratiquement terminée. Les qualités qu’on a vu proposer sont variables, mais il est aussi un fait que le marché local est beaucoup plus calme (et plus cher) que de coutume, pour une grosse récolte du mois d’août. Les cafés sont à présent dans les entrepôts des coopératives, mais pas encore sur le marché local. A l’export, les différentiels associés aux qualités fines, mais aussi aux qualités simplement bonnes, ont eu tendance à s’affermir, tout au long du pic et du creux que le marché à terme a connus respectivement en juillet et en août. Par contraste, tout le reste du marché de l’arabica a vu d’une façon générale les différentiels diminuer. Autant dire que la situation n’est pour l’instant pas propice à une reconquête du marché. Au Brésil, la situation reste donc relativement figée, les récoltants, les exportateurs et les acheteurs attendant leur heure pour réaliser leurs projections. Mais nous ne sommes qu’au mois d’août…

Colombie

Le flux d’approvisionnement s’est totalement tari et l’on attend les prémices de la récolte de cycle haut, d’ici trois à quatre semaines. Après un cycle 2011-2012 décevant, les choses s’annoncent cette fois bien meilleures. La production colombienne 2012-2013 devrait en effet revenir à 8,0 millions de sacs. Les différentiels proposés pour certaines qualités sont même retombés à des niveaux à un chiffre – ce qui ne s’était pas produit depuis quatre ans.

Concernant la récolte précédente, les exportations 2011-2012 devraient atteindre les 7,2 millions de sacs. Les importations officielles se situeront aux alentours de 1,1 million de sacs, en provenance, par ordre de volume, de l’Equateur, du Pérou et du Brésil. La consommation interne de café équivaut à environ 1,3 million de sacs, ce qui implique une récolte à hauteur de 7,4 millions de sacs, chiffre que nous avons reporté dans notre évaluation de l’offre et de la demande. Une nouvelle variable pourrait par ailleurs influencer l’équilibre colombien : la possibilité de voir s’opérer des importations non officielles depuis les pays producteurs de café voisins, pour soutenir les exportations colombiennes. Dans notre évaluation, nous avons néanmoins « corrigé » tout effet qu’un gonflement de l’offre pourrait avoir sur l’offre et la demande d’arabica globales, car nous réduisons aussi dans la balance le prétendu « vrai » chiffre des récoltes des exportateurs « non officiels ».

Pérou

Au cours des dernières semaines, les exportateurs ont éprouvé d’extrêmes difficultés à acheter du café. Alors qu’on s’attendait au départ à ce que la récolte péruvienne soit en recul de 20 % par rapport à la précédente, le flux observé sur le marché interne d’une part, et les statistiques officielles les plus récentes en matière d’exportation d’autre part laissent présager un recul plus important encore. Ce resserrement du marché interne pourrait cependant être le résultat de certaines exportations non officielles vers la Colombie. Quoi qu’il en soit, sachant que la région centrale du Pérou est la première à délivrer son café et que sa production est plus nettement en recul que celle des régions du nord, aux livraisons plus tardives, nous devrions voir les flux reprendre une meilleure tenue au cours des prochaines semaines. Cette nouvelle récolte péruvienne est estimée à 4,0 millions de sacs, contre 5,1 millions la saison dernière.

Honduras

Le Honduras est en position de disputer au Pérou le prix de « l’origine arabica en plus forte croissance ». A l’instar, toujours, du Pérou, le Honduras devrait voir sa récolte 2012-2013 décliner par rapport à celle de l’année dernière, passant de 5,6 à 4,9 millions de sacs.

Même si les exploitants honduriens étendent largement la plantation du café à de nouvelles surfaces, les plantations traditionnelles demeurent la règle, plutôt que l’exception. Mais leur récolte est cette année réduite, par suite du cycle haut de l’an passé, et par un manque d’engrais et d’élagage. Les nouveaux plants ont en outre été plus nombreux en 2007-2008 qu’en 2008-2009, de sorte que la première récolte correspondant aux nouveaux plants, dont la forte production avait été l’un des faits marquants de l’an dernier pour le pays, ne se répète pas cette année dans une aussi grande proportion. Cette baisse de la production n’est par ailleurs pas imputable aux conditions météorologiques, lesquelles ont été cette année globalement clémentes. D’une façon générale, la caficultura hondurienne se porte bien, et nous sommes optimistes quant à la progression future de la production du pays.

Papouasie-Nouvelle Guinée

Après avoir connu un pic impressionnant la saison dernière, à 1,4 million de sacs, la Papouasie-Nouvelle Guinée a vu cette année sa production se réduire de moitié, à 0,7 million de sacs. Notons que les perturbations liées aux élections récemment organisées dans le pays ont contribué à ralentir encore la production de la filière.

Vietnam

La récolte 2011-2012 nous avait surpris par son ampleur, mais à quoi faut-il s’attendre pour le cru 2012-2013 ? La floraison n’a pas été parfaite, après quoi de très bonnes précipitations ont cependant bien servi les premiers stades d’évolution de la récolte. Ces dernières semaines ont été marquées par un temps plus sec que d’ordinaire pour la saison. L’écart entre le coût de production et le prix local est probablement l’un des plus importants du monde du café, ce qui fait bien sûr beaucoup prospérer les récoltants vietnamiens et les rend désireux d’atteindre et de maintenir des taux de production élevés. Bien qu’elles ne soient pas terminées, les études concernant l’évolution de cette région permettent d’ores et déjà d’affirmer que la production vietnamienne des prochaines années sera plus proche des 30 millions de sacs que des 20 millions. Le point essentiel est que cette offre est absolument nécessaire au marché.

Indonésie

Les exportations enregistrées au départ de Panjang ont été à la hauteur de la récolte de robusta, beaucoup plus importante cette année. Plus de 1,3 million de sacs ont en effet quitté ce port indonésien sur la période de mai à juin, chiffre qui cadre largement avec le volume global d’exportations attendu cette saison pour Sumatra, estimé à plus de 4 millions de sacs de robusta. Ce volume représente le double des volumes exportés depuis Panjang la saison dernière. L’arabica du nord de Sumatra sera bientôt récolté et, là encore, les volumes devraient être en très forte progression.

Inde

Arrivées tardivement, les pluies de la mousson ne se sont véritablement intensifiées qu’en août, après les précipitations inhabituellement faibles de juin et juillet. C’est ainsi que les Etats de Karnataka et Kerala ont eu un tiers de pluies de mousson en moins que celles dont ils bénéficient d’ordinaire à cette époque. Bien que la floraison et l’accroche aient débuté plus tôt cette année, il semble que le développement des grains aura pâti de ces perturbations.

2 – LA DEMANDE MONDIALE

L’évolution de la demande a été extrêmement favorable au robusta. Les Brésiliens consomment davantage de conillon et les Indonésiens importent du robusta pour compléter leur offre interne, tout comme les Mexicains, les Philippins, les Malaysiens, les Chinois et les Thaïlandais. En Inde, le marché interne du robusta constitue pour le marché export un concurrent très sérieux, les importations destinées aux producteurs ayant en effet augmenté cette année de 1,5 million de sacs.

En Europe, les études portant sur la grande distribution ont montré que les marques, et en particulier celles intégrant une forte proportion de robusta, sont en train de grignoter des parts de marché, au détriment des labels privés. La consommation américaine de robusta est elle-même en hausse. Seuls les marchés australien, canadien et scandinave ne suivent pas cette tendance.

Depuis notre dernier point trimestriel, nous avons revu la demande d’arabica à la baisse et réduit notre estimation de 1 à 2 millions de sacs pour cette saison et la prochaine. Pour le robusta, il nous semble en revanche que la demande mérite finalement de gagner de 3 à 5 millions de sacs supplémentaires par rapport à notre première évaluation. Les chiffres nous montrent que, non content de prendre des parts de marché aux arabicas de qualité inférieure, le robusta bénéficie aussi d’un regain de demande. En Europe, notamment, son prix peu élevé a stimulé sa consommation. La demande de robusta des marchés émergents – et surtout du marché indonésien – est en outre extrêmement forte.

Nous estimons que la demande mondiale de café a augmenté cette année de pas moins de 4,6 millions de sacs, soit de 3 % par rapport à l’année dernière. La demande de robusta a progressé de 7,8 millions de sacs, tandis que la demande d’arabica a reculé de 3,2 millions de sacs.

3 – ETAT DES STOCKS

Depuis le début de la saison, les stocks des pays importateurs ont fortement baissé (de 4 millions de sacs). Au Vietnam, les reports de stocks devraient augmenter de 1 million de sacs. Le déficit de robusta sur 2011-2012 est estimé à environ 1 million de sacs. Le déséquilibre est évident, même si les stocks des pays importateurs devraient augmenter légèrement vers la fin de la saison. Il se pourrait aussi, en définitive, que l’offre de robusta ait atteint son maximum, ou bien est-ce parce que la demande de robusta a augmenté de plus de 14 % ?

Pour 2012-2013, nous nous devions d’esquisser un scénario crédible. Avec les 26 millions de sacs de robusta récoltés au Vietnam et une demande de robusta en hausse de 3,6 millions de sacs (les marchés traditionnels voyant là une stabilité de la demande et les marchés non traditionnels une hausse), on aboutit à un excédent de 0,4 million de sacs. La courbe très ascendante que la demande de robusta a prise s’est traduite cette année par un rapport stock/demande particulièrement faible.

Les stocks brésiliens ont gonflé suffisamment pour sortir de la zone de danger et atteindre un niveau confortable (bien qu’à la baisse). Seul un revirement très marqué de la demande au profit des arabicas brésiliens serait de nature à faire évoluer la situation. Les stocks d’arabica doux semblent aussi augmenter, petit à petit. Avec le léger surplus apparu cette année, les arabicas honduriens et mexicains, en particulier, semblent voués à gagner les entrepôts de l’ICE. Pour l’année prochaine, et en dépit de la reprise colombienne, la production d’arabica doux sera en repli. La demande devrait rester stable, ce qui laisse penser que le marché de l’arabica doux conservera son équilibre.